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Une semaine particulière s’achève, et pas seulement parce que j’ai dû beaucoup m’engager pour l’avenir du club que je préside, le Hockey-club Ambri-Piotta. J’ai aussi croisé le fer avec Christoph Blocher sur les ondes de la radio alémanique à propos de l’élection du Conseil fédéral par le peuple. Mais la nouvelle la plus intéressante fut sans nul doute l’élection à Rome d’un ami de jeunesse, Enrico Letta, à la tête du gouvernement italien.

C’est une bonne nouvelle pour l’Italie, qui sort enfin du marécage post-électoral dans lequel elle pataugeait depuis deux mois et peut ainsi affronter la crise économico-financière qui la ronge depuis des années. La coalition dirigée par Letta doit relever un défi inouï, mais il fallait bien tenter quelque chose. Et, pour
une fois, les politicailleries des partis et des factions et le poids des momies et des «prima donna» semblent avoir laissé la place à une tentative sérieuse de construire au lieu de détruire. La nouvelle est bonne pour la Suisse aussi et plus encore pour le Tessin: en janvier dernier, au «Forum pour le dialogue Suisse-Italie», Letta avait manifesté clairement sa volonté de reprendre les négociations pour arriver à un accord global sur le contentieux fiscal qui oppose nos deux pays depuis trop longtemps.

L’HÉRITAGE DE LA DC

J’ai appris la composition de son gouvernement à San Marino où je participais à un séminaire de l’Institut international Jacques Maritain sur le thème: «Eduquer à la politique». Inévitable dans ce contexte était le passage en revue du nouveau gouvernement que certains, avec ironie, qualifient d’ «équipe démocrate-chrétienne monocolore». De fait, nombreux sont les noms et les visages que je connais. Et qu’y a-t-il de commun entre le Premier ministre Enrico Letta (un homme de gauche,
il faut le rappeler), son vice-Premier ministre Angelino Alfano (dauphin de Berlusconi), Dario Franceschini, ministre des relations avec le Parlement, et Maurizio Lupi (transports et infrastructures)? Tous sont d’anciens membres dirigeants des Jeunes démocrates-chrétiens! Comme l’est aussi Matteo Renzi, jeune loup du Parti démocrate et maire de Florence.

A croire que la Jeunesse démocrate-chrétienne mène à tout, à condition… d’en sortir à temps. Plus sérieusement, je pense que la fin de la Première république italienne et l’implosion de la vieille Démocratie chrétienne ont laissé orphelins une génération de jeunes bien préparés et prêts à s’engager. Ils ont vécu ensuite une longue traversée du désert et une douloureuse diaspora au sein de plusieurs partis. Aujourd’hui, ce sont ces quadras compétents et motivés, avec une culture politi-
que et un sens élevé de l’Etat, qui permettent d’espérer une reconstruction du pays sur la base du consensus et non des confrontations féroces qui ont dominé les deux dernières décennies. Cela moins à cause du phénomène Berlusconi que du passage précipité à un système politique majoritaire manifestement inadapté à l’Italie.
La Démocratie chrétienne a commis de nombreuses fautes (mais pas toutes celles qui lui ont été attribuées), elle a aussi laissé un bel héritage. Cela devrait intéresser ceux qui aujourd’hui estiment inutile l’«éducation à la politique» et qui l’abandonnent aux mains d’aventuriers et de bricoleurs en tout genre. Quand ils ne la sacrifient pas sur l’autel de la démagogie à la mode dans de nombreux pays.
FL