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200 ans des relations diplomatiques entre la Russie et la Suisse 2014 : Allocution du Conseiller aux Etats Filippo Lombardi, Ambassade de Suisse à Moscou, le 6 mars 2014

 M. le Vice-ministre des Affaires étrangères, Vassily Nebenzya,

M. le Vice-président du Sénat de la Fédération russe, cher ami Yuri Vorobiev,

Chers Membres du Conseil de la Fédération et de la Duma,

Monsieur l’Ambassadeur de Suisse, cher ami Pierre Helg qui venez de poser la première pierre de notre nouvelle Ambassade à Moscou,

Chers amis de la Suisse et de la Russie,

 

Da zdravstvuyet russkiy – shveytsarskiy diplomatiya!

 

C’est un grand honneur pour moi d’ouvrir officiellement avec vous ce soir – au nom des Présidents des deux Chambres du Parlement suisse – les célébrations du Bicentenaire des relations diplomatiques entre nos deux pays. C’est en effet le 6 mars 1814, selon la reconstruction historique de nos services, que le Zar Alexandre I, nomma le diplomate d’origines grecque Johann Capodistria come premier représentant de la Russie auprès de la Diète fédérale suisse. Nous soulignons cette date aujourd’hui à Moscou, une cérémonie similaire aura lieu demain à l’Ambassade russe à Berne.

 

Beaucoup de nos concitoyens pensent que les diplomates sont des personnes un peu inutiles, qui traversent la vie d’un cocktail à l’autre, un verre de champagne dans la main droite et une tartine de caviar dans la gauche… et bien : foin de tous ces clichés !

Loin de là, l’exemple du Comte Capodistria nous montre combien les diplomates peuvent et savent écrire l’histoire. Car tant que la diplomatie parle, les armes fort heureusement se taisent.

Trois sont les mérites de Capodistria qui nous intéressent en particulier:

       avoir créé des solides relations bilatérales entre nos deux pays, qui ont pu durer dans le temps,

       avoir contribué de façon remarquable à la rédaction de la Constitution suisse de 1815,

       et surtout, avoir oeuvré au Congrès de Vienne de façon remarquable avec les 10 autres puissances participantes, afin de garantir dans le nouvel ordre européen le statut de la Suisse comme pays indépendant, fédéral et surtout neutre, dans l’intérêt même des grandes puissances. Et ce dans une situation fort difficile, au vu du rôle que la France avait joué en Suisse dans les deux décennies précédentes, et des aspirations de l’Autriche à étendre de nouveau son emprise vers l’ouest !

 

Nous pouvons aujourd’hui l’affirmer avec certitude : sans le rôle décisif de la Russie à Vienne, la Suisse moderne, indépendante, neutre et fédérale telle que nous la connaissons n’existerait pas ! Nous pouvons donc lui exprimer notre reconnaissance et notre amitié !

 

Quand à nos relations bilatérales, elles ont pris de l’ampleur ces dernières années. La première visite d’Etat en Suisse d’un Chef d’Etat Russe en 2009, le double mandat suisse de la défense des intérêts russes et géorgiens, la facilitation suisse  de l’entrée de la Russie à l’OMC, l’invitation de la Suisse à participer lors de la présidence russe du G20 aux réunions des ministres des finances, la coopération pendant la présidence suisse de l’OSCE cette année et enfin la participation enthousiaste de la Suisse aux jeux olympiques et paralympiques de Sochi sont autant de signes du niveau de confiance atteint entre nos deux pays.

 Je suis convaincu que la Suisse qui – en tant que pays neutre et non appartenant à l’Union européenne ou à l’OTAN – doit formuler de manière autonome sa politique étrangère, continue à un interlocuteur et partenaire intéressant pour la Russie.

 

Je me réjouis très particulièrement que nous ayons pu approfondir les relations entre nos parlements. Ainsi, suite à une rencontre au mois de mai de l’année passée avec Valentina Matviyenko, présidente du Conseil de la Fédération de Russie, nous avons signé, le 7 octobre 2013, avec le Vice-président Yuri Vorobiev un protocole d’intention entre le Conseil des Etats et le Conseil de la Fédération de Russie portant sur l’élargissement de leur collaboration.

 L’évolution dynamique et positive des échanges parlementaires est d’ailleurs appelée à se poursuivre : en tant que moment fort du bicentenaire de nos relations diplomatiques, le président de la Douma, Sergey Naryshkin est ainsi attendu à Berne en Septembre,  dans le cadre d’une visite officielle.

 * * *

 C’est dans le cadre de cette amitié que nous pouvons ensemble essayer de dégager quelques conséquences toujours actuelles des événements historiques que nous célébrons aujourd’hui.  J’en vois pour ma part au moins six :

1.    La diplomatie est toujours fondamentale dans les relations internationales. Laissons-la agir, renforçons-la constamment. Faisons parler la raison dans les relations internationales pour faire taire les armes!

2.    La sagesse de la grande Russie reste importante dans les équilibres de l’Europe d’aujourd’hui comme dans celle de hier. Avoir une puissance implique une grande responsabilité : celle de ne pas en abuser, celle de savoir en faire le bon usage pour le bien commun du continent.

3.    Sachons respecter le libre droit des peuples à choisir leur avenir, sans ingérences de part et d’autre. L’Europe de 1815 se reconstruisait après les meurtrières guerres napoléoniennes, et il fallait que chacun trouve sa place pour que la paix s’établisse. L’Europe d’aujourd’hui connait deux mouvement ‘intégration parallèles : l’euro-atlantique et l’eurasien. La Suisse, en vertu de ses choix historiques et populaires, ne fait partie ni de l’un ni de l’autre, mais elle a besoin des deux. Et surtout elle a besoin, comme tous les pays européens, de leur coexistence pacifique et de leur développement harmonieux dans le respect réciproque.  

4.    Faisons aussi en sorte que tout pays respecte l’intégrité territoriale des autres. L’histoire nous a enseigné que les déplacements de frontières et le morcèlement des pays ne conduit jamais à une paix durable. Seul le respect de l’intégrité de chacun et la recherche de solutions négociées permettent de développer les relations institutionnelles, humaines, culturelles et économiques qui portent à la prospérité de tous.

5.    Pacta sunt servanda : respectons tous les accords internationaux, bilatéraux et multilatéraux. Au besoin, sachons en négocier de nouveaux. Mais la rupture unilatérale des accords et des conventions passées conduit forcément à un vide juridique extrêmement dangereux, ou le recours à la force redevient un spectre menaçant pour tous.     

6.    Prenons, si vous le voulez bien, exemple de la Suisse, qui n’a pas d’intérêts géostratégiques à imposer, ni d’ailleurs de leçons à donner, au moment où les donneurs de leçon abondent… mais qui voudrait quand-même offrir son expérience historique de coexistence de cultures, langues et religions différentes dans un pays qui sait rester cependant uni. L’homme du XXIème siècle n’a vraiment plus besoin de guerres de cultures ou de religions. Les différences sont une richesse pour un pays moderne, sachons vivre avec elles. au lieu de nous combattre en leur nom.

 

* * *

 Chers amis! Deux-cent ans après avoir joué un rôle essentiel pour la Suisse, la Russie traverse aujourd’hui une phase critique. Nous en souhaitons tous une issue pacifique. Et si la Suisse à Vienne a eu besoin de plus grand qu’elle pour trouver sa place dans le concert des nations, elle est très certainement prête – dans son année de présidence de l’OSCE – à aider plus grand qu’elle pour trouver ce chemin vers des solutions négociées et pacifiques. C’est ainsi que l’a entendu il y a quelques jours le Président de la Confédération M. Didier Burkhalter, en offrant les services de notre pays à la communauté internationale.         

 Dans cet esprit permettez-moi de conclure avec la chaleur habituelle de nos relations bilatérales :

Da zdravstvuyet rossiskaya – shveytsarskaya druzhba !